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Escota ua pausa...

 

Périodiquement, Soi d'Aci,  auteur de Mon Gers vous livrera sa chronique pétillante et "gasconnante" sur l'actualité du FC AUCH Gers.

09 Février 2008- Auch / Albi - Du particularisme gascon…

Escota ua pausa…

Dans un honnête estaminet en Babylone toulousaine hier au soir, où, en amicale compagnie je faisais son affaire à quelques cervoises teutonnes, je surpris une conversation.

Deux solides gaillards soutenant le zinc, et dont les pavillons d'oreille cotonneux me donnaient à penser qu'ils avaient bien mérité de quelque pack local, discouraient avec une ardeur et un emballement qui parvint à me faire dresser l'oreille. Ils étaient tous deux armés d'une robuste et salubre partialité qui conférait à la Vérité Eternelle.

J'ai ainsi cru comprendre que, fors les couleurs, il serait rugbystiquement parlant impossible de distinguer les clubs d'Auch et d'Albi, considérés avec une moue réprobatrice comme proposant le même jeu étriqué, restrictif, à la limite de la règle. Un troisième larron qui avait avalé un guide touristique crut bon d'ajouter : "mêmes cathédrales superbes, mêmes passés prestigieux éteints, mêmes petites villes endormies de province."

A l'heure où la notion de combat dans ce sport tend à se réduire à l'érotisme d'éphèbes en collants roses couchés sur papier glacé, je constatais que le goût prononcé des deux formations pour les petits tas, les phases obscures, et plus généralement les vertus ancestrales du sport-roi pouvait passer comme anachronique, pire, inconvenant.

L'affiche FCAG/SCA pour mes voisins de comptoir était à ranger au rayon des souvenirs ; image en noir et blanc évanescente, échappée d'un poste grésillant la beauté chevaleresque des cad-deb d'école, des maillots de coton qui grattent, des réceptions "maison", et des retentissantes parties de mailloche.

L'affaire fut comble quand le second ajouta : "Gascons et Cathares, c'est égal !"

Ces ventripotents personnages se rendaient-ils compte de la bévue qu'ils étaient en train de commettre ? Quoi ! Albi et Auch la même chose ! J'aspirai à les embrocher céans de ma rapière de Gascon courroucé, tout au moins m'apprêtai-je à me projeter au devant des infâmes pour leur claquer le museau. Las, la taille et la carrure des butors m'invitèrent à brider quelque peu ma colère et je revins à des sentiments plus paisibles pour les tirer de ce mauvais pas :

"Cadédis! Messieurs, votre fable m'a fait endurer mille morts ! Dans le miroir de votre imagination vous m'avez vu Albigeois. Albigeois ? Mais voilà qui est étriqué, petit, morne. Mirez donc ces vaillants Auscitains sur le pré, croyez-vous, sots que vous êtes, qu'il s'agit de professionnels de l'Ovale faisant commerce de leur adresse…Ah ça Morbleu! Etes-vous aveugles ? Ne distinguez-vous donc pas clairement quinze d'Artagnan emplumés et bondissants, brandissant la jeunesse du monde à la pointe de leur épée ?

Les autres équipes ont des joueurs, quelques-unes ont des stars, mais ceux-là, Corbleu! ce sont des héros.

Plein de gaieté, d'audace, de panache ; hardis bretteurs, courageux et querelleurs en diable. Nous autres Gascons, d'un revers de moustache, laissons volontiers à Albi l'Histoire et son fatras compliqué de dates et de faits plus ou moins avérés. Notre légende gasconne est tellement plus fringante, joyeuse et propre à l'entendement qu'elle touche au sublime. Là où certains n'ont en tribunes que badauds, soubrettes et filles d'auberge, les travées du Moulias comptent des chapelets de cadets aux dents de loup, œil d'aigle et jambe de cigogne, des brochettes d'exquises Constance et de non moins fatales Milady. Le terrain est ici pré aux clercs, l'adversaire un ersatz d'escouade cardinalice, le ballon un graal épique. Là où vous jouez, nous ferraillons. Là où vous courez, nous galopons. Là où vous gagnez, nous triomphons.

Le SC Albi, avec tout le respect qu'il m'est donné d'avoir pour cette vénérable fraction d'Ovalie, ne restera jamais un club de ce que le jargon administratif de la Ve République appelle une préfecture. Il en existe tant d'autres, si semblables. Le FCAG, Messieurs, est quant à lui unique, inimitable, inaliénable.

Des victoires ? Assurément, aussi nettes et éclatantes qu'un pet de mousquetade. Des défaites ? Peuh… l'écume des jours ! Les classements et la compétition ? Une préoccupation de compteur de lentilles chichiteux.

Par le truchement d'un mariage d'amour réussi avec une épopée mythique, le FCAG s'est donné à une mission d'une toute autre ampleur que la mesquine finalité sportive : il est une fiction allègre et romanesque, il est le club des Trois Mousquetaires !

Assimiler Gascon et Cathare, il y a vraiment matière à duel…"

Réajustant mon vigogne, je m'enroulai d'un geste ample dans ma cape et d'une volte-face, quittai sur-le-champ mon auditoire médusé : "A cheval, Planchet, à cheval !".

Voilà donc les faits qui se sont déroulés hier soir. Enfin du moins les faits tels qu'ils m'ont été rapportés, puisque ce matin me voilà frappé traîtreusement par une lancinante migraine : mes souvenirs de la veille se dérobent. Ah! la cervoise...

Allez Auch ! Et adishatz a tots.

 

 
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