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Périodiquement, Soi d'Aci, auteur de Mon Gers vous livrera sa chronique pétillante et "gasconnante" sur l'actualité du FC AUCH Gers. 04 Mars 2008- Montpellier/Auch: Le Paradoxe des Damnés Escota ua pausa
On vit une drôle d’époque, et le rugby français n’échappe pas à la règle. Tenez, la défaite de l’EDF devant la perfide Albion l’autre soir au Stade de France aurait conduit en d’autres temps à un fatras sanguinolent de déception, d’amertume et de jugements expéditifs. De cela, il n’a rien été, c’est au contraire un élan de sympathie béat qui étreint le quinze national, à qui l’on ne demande plus de gagner à tout prix contre l’ennemi héréditaire, mais simplement de suivre un idéal de jeu estampillé « made in France ». Nous avons tout de même le chic de ce côté-ci du Channel pour passer d’un extrême à l’autre sans s’embarrasser de transition.
Vieux con en devenir, fossoyeur du poète, je devais être le seul devant mon écran à m’interroger sur la pertinence d’envoyer la balle à l’aile dans nos 22 mètres, avec un entêtement frisant l’autisme. Trop heureux de l’aubaine c’est là que nous attendait en jubilant la défense musclée de sa Gracieuse Majesté après quelques séances de vidéo. « Gagner la balle et l’expédier aux oranges mécaniques Heymans & Clerc, eux sauront que faire » c’est un peu court comme stratégie, mais force est de constater qu’elle suffit aujourd’hui à faire chavirer les foules et emporter l’adhésion des plus fins tacticiens (?) du Top 14. Sevré de fantaisie par le prévisible et cadenassé système Laporte, le jeu semble retrouver une liberté virginale et ne veut plus entendre parler de réflexes collectifs, d’alternance, d’intelligence situationnelle. Tout pour la relance spectacle, l’éclat, le brio. Le panache et rien d’autre ! Le french-flair ou la mort !
Bigre ! L’épouvantable « swing low, sweet chariot » ne suffit même plus à réhabiliter le petit périmètre ou le jeu au pied comme un accessoire, fut-il minime, du nouveau rugby de France ? Non mon bon Monsieur, mieux vaut se faire un million de passes à plat pour danser sur la musique des tribunes en pamoison.
Revenu par la force des choses depuis quelques semaines au jeu simple, propre, pragmatique, le FCAG n’est guère en résonnance avant ces courants de mode. En multipliant avec malice les mauls, cache-ballons-traquenards et autres petits tas couillus, les auscitains ne vont pas manquer de s’attirer les blâmes geignards d’une pensée unique selon laquelle le rugby moderne ne se conçoit qu’aéré et pétillant. A 111 ans, il est fort probable que l’oreille de ce vieux FCAG soit plus rêtive à la critique. Bof ! Demandez-donc aux Anglais s’ils se tourmentent les méninges de pareilles considérations sur le jeu… Reste que nous voilà passé en quelques lignes d'un extrême à l'autre : là encore, ce qui est valable sur le plan international l'est tout autant dans le championnat domestique : un peu d'alternance ne saurait nuire (si l'on accorde quelque crédit au gain du match).
Pour l'heure, ce n'est pas le moindre des pieds de nez pour le club gersois, que de décider de prendre son temps dans un monde où tout presse. Surclassé par une équipe soi-disant aux abois, au sortir de deux périples encourageants face à deux cadors du championnat, le FCAG n'est plus à un paradoxe près : chaque jour plus proche du précipice de la relégation, son remuant gaucher n'en est pas moins appelé vers les sommets au chevet de la mêlée France.
Quand à la devise de la maison rouge et blanche « On ne lâchera rien ! », les médisants gausseront l'absurdité vaniteuse d'une fierté qui n'a plus lieu d'être . Mais à y regarder de près, ce serment des damnés qui sent la sueur, la douleur et les larmes n'est pas moins méritoire et chevaleresque que la plus somptueuse des relances de l'embut . Au rythme des invraisemblances et des bizarreries qui poussent ici comme les plumes au cul des canards, qui sait si ces diables de Gascons ne seront pas capables par bravade d'une surprise à Montpellier? En Gascogne, c'est bien connu, tout ce qui est dérisoire est essentiel.
Allez Auch ! et Adishatz a tots.
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